Contrats doctoraux – Campagne 2018 : Contrat n° 1

Ville sous la pluie
Photo : Matthias Ripp (Creative Commons)
« Explorer le rôle du capital culturel dans l’intégration macrorégionale des migrants issus de nouveaux États membres en France et au Royaume-Uni »

Groupe de Travail : « Intégrations régionales »

La date limite d’envoi des dossiers de candidatures est fixée au dimanche 22 avril 2018 (inclus).
Déroulement et calendrier de la procédure de recrutement

Description du poste

La récente migration depuis les pays candidats à l’UE représente un contexte intéressant pour explorer les mouvements internationaux compte tenu de la grande quantité de personnes impliquées dans la migration, des complexes transitions des colonies et des variations significatives en ce qui concerne l’intégration des migrants. Il a été avancé que le mouvement circulaire des migrants des nouveaux États membres (NEM) vers l’Europe de l’Ouest représente un nouveau système de migration (Favell, 2008), dans lequel la mobilité transnationale n’est pas seulement motivée par des raisons économiques, mais reflète de plus vastes choix disponibles en matière de mode de vie et des motivations culturelles (Cook et al., 2011 ; Luthra et al., 2014). L’importance prédominante donnée à ces pratiques de mouvement de migrants ou au rôle des facteurs structurels sur la forme que prennent ces mobilités (Rodriguez, 2004) met en valeur un besoin croissant d’élaborer une approche intégrée établissant un lien entre les processus de migration et d’intégration aux niveaux macro, micro et meso.

Néanmoins, la documentation existante traite souvent les mobilités transfrontalières Est-Ouest comme étant une forme traditionnelle de migration de main-d’œuvre, avec une priorité donnée à l’intégration au marché du travail et à l’accumulation du capital humain et économique par rapport aux autres résultats de la migration (Barrett et Duffy, 2008 ; Dustmann et al., 2010). La présente étude remet en question les stéréotypes des migrants en tant qu' »homo economicus » (Ley, 2011) et s’appuie sur la notion de capital culturel (Bourdieu, 1975) pour explorer leurs diverses expériences de l’intégration, les capacités affectives et les relations en réseau. Bourdieu (1975) décrit le capital culturel comme un ensemble de signaux culturels à l’état commun pouvant prendre trois formes : incorporée, institutionnalisée et objectivée. Le capital incorporé comprend les attitudes et préférences utilisées comme marqueurs de distinction sociale ; le capital institutionnalisé comprend les valeurs légitimées telles que celles exprimées par l’éducation formelle ; tandis que le capital objectivé apparait sous la forme des biens culturels comme les images, livres, etc. Le projet va au-delà des évaluations rationnelles du capital culturel et explore le rôle des composantes émotionnelles, des préférences affectives et des goûts subjectifs sur la définition des normes culturelles (comme l’investissement émotionnel) et sur la transformation des mécanismes existants d’intégration (redéfinissant ainsi la signification de la « réussite » déterminée par le régime de valeurs ; Karpik et Scott, 2010 ; Boltanski et Thévenot, 2006).

Il se penche tout d’abord sur la production et la circulation du capital culturel, en se concentrant sur les évaluations et les échanges de capital dans des aires géographiques distinctes, clés de voute de l’intégration des migrants. Il étudie les mécanismes par lesquels les ressources culturelles (aptitude linguistique, dispositions, préférences) qui sont importantes dans les « lieux d’origine » des migrants deviennent convertibles et légitimes (en tant que qualifications de travail acceptables) dans de nouveaux contextes. Dans un second temps, le projet étudie le développement de valeurs du capital culturel à de multiples échelles, questionnant la signification de la distance culturelle en tant que facteur affectant l’intégration des migrants (les normes culturelles du pays d’origine des migrants peuvent être plus proches des normes culturelles du nouvel environnement). À cette fin, les cultures des migrants peuvent fonder une relation productive avec la culture accueillante, mais les interactions migrants-migrants peuvent également produire des valeurs qui contournent la culture de l’hôte, redessinant ainsi les frontières nationales et culturelles.

Sur le plan méthodologique, le projet utilisera un ensemble de méthodes qualitatives et quantitatives pour permettre une compréhension relationnelle et à multiples échelles des mécanismes de mobilisation et de transformation du capital culturel dans le processus d’intégration des migrants. Il commencera par mener une analyse discursive des publications médiatiques et politiques sur le déploiement des normes culturelles (comportements acceptables, attitudes culturelles locales) à différents niveaux (nation/province/district) qui sont à la base des processus de classification définissant l’intégration des migrants en France et au Royaume-Uni. Dans un second temps, il utilisera un questionnaire en ligne pour générer des données sur les positions démographiques et d’intégration des migrants, la portée des services d’aide à l’intégration proposés, et les modèles expliquant l’évaluation et l’échange du capital culturel des migrants afin de créer certains stéréotypes et de les canaliser dans des occupations spécifiques. Nous combinerons questionnaires en ligne et en face-à-face pour mieux comprendre ces vies mobiles, car ils permettent de retracer les expériences des migrants entre leurs localisations et de suivre ceux susceptibles de se déplacer pendant l’étude. Dans un troisième temps, nous réaliserons des entretiens avec les migrants pour examiner les relations entre leurs biographies personnelles, l’accumulation et la transformation du capital culturel dans le cadre de l’expérience faite de l’immigration, selon différents axes de différenciation sociale (genre, âge, ethnie, etc.). Il sera demandé aux migrants de réaliser des journaux photo et vidéo (selon de Leeuw, 2005), dans lesquels ils feront le suivi de leurs activités selon des thèmes clés (perceptions émotionnelles, « réussite », intégration).

L’étude sera réalisée dans 4 villes du Pays de Galles et de France : Swansea et Cardiff (capitale du Pays de Galles) au Royaume-Uni (des « villes sanctuaires » qui proposent un soutien spécifique aux migrants), et Paris (capitale de la France) ; et une autre ville française encore à définir, qui ne s’est pas engagée à fournir de l’aide aux migrants, dans la région centrale de la France et à proximité de Paris (peut-être Poitiers). Ce projet prend en considération les impacts de la migration, aussi bien à l’échelle nationale que locale, et dans des contextes urbains.

Collaborations prévues

Dans le cadre de programmes en cours :

Voir ci-dessous la collaboration avec le Centre for Migration Policy Research de Swansea.

Dans le ou les GT :

La personne titulaire du contrat doctoral devra rencontrer les membres de plusieurs GT dont les thèmes croisent ceux du projet présenté ci-dessus, en fréquentant notamment les séminaires de ces groupes :

  • rencontrer et échanger avec des chercheurs du GT travaillant sur les migrations internationales, notamment William BERTHOMIERE (GT Intégrations régionales, université Bordeaux-Montaigne, UMR Passages), Clarisse DIDELON-LOISEAU (GT Intégrations régionales),  Mathilde MAUREL (GT Intégrations régionales) ;
  • participer aux actions scientifiques menées dans le cadre du GT Intégrations régionales afin de présenter ses résultats de recherche : colloque sur les intégrations régionales dans le monde organisé en 2019 par Anne BOUHALI, Pierre BECKOUCHE,  Nora MAREÏ et Yann RICHARD dans le cadre du LabEx ; séminaire du GT « Intégrations régionales » à partir de l’automne 2019 pour présenter les premiers résultats de recherche sur la relation entre mobilité/migration internationale et intégration régionale ;
  • assister aux séminaires d’autres GT : « Mobilité » et « Produire la ville ordinaire ».

 

Dans les UMR :

  • échanges scientifiques avec plusieurs chercheurs des UMR Géographie-cités et Prodig qui développent des projets de recherche sur les mobilités et migrations internationales : Clarisse DIDELON-LOISEAU et Yann RICHARD (travaux sur les mobilités internationales étudiantes en Europe), Ségolène DEBARRE, Alice FRANCK, Marie MORELLE (porteuses d’un projet de recherche dans le cadre de l’Institut Convergence Migrations Internationales, Campus Condorcet) ;
  • échanges scientifiques avec les chercheurs impliqués dans la recherche sur l’intégration régionale : Pierre BECKOUCHE, Claude GRASLAND, Nora MAREÏ, Yann RICHARD, Frédéric SANTAMARIA.

 

Avec le Centre for Migration Policy Research :

  • le projet s’appuiera sur l’expérience acquise par d’autres projets dirigés par le Centre for Migration Policy Research (CMPR) de l’Université de Swansea en ce qui concerne la mobilité et l’intégration. Il utilisera notamment la méthodologie déjà mise en œuvre avec succès (en particulier les journaux photo/vidéo) lors du projet à grande échelle financé à hauteur de 1,2 million de livres sterling par le gouvernement britannique et codirigé par le CMPR (http://www.swansea.ac.uk/cmpr/) ;
  • il s’appuiera ainsi sur une vaste expertise de grande qualité et portera l’étude de la mobilité et de l’intégration au niveau international, à l’aide de partenariats de recherche déjà établis entre des collègues dont le but est d’assurer l’inclusion des migrants à l’échelle internationale ;
  • le projet utilisera également des liens informels avec certains centres de recherche bien établis, spécialisés dans la migration et la mobilité internationale, comme le laboratoire MIGRINTER, le ESRC Centre for Population Change de l’Université de Saint Andrew et le Glasgow Refugee Asylum and Migration Network, tous impliqués dans d’autres projets dirigés par le CMPR de Swansea ;
  • le CMPR a déjà élaboré un programme durable de transfert des connaissances et organisé des conférences communes entre les partenaires français et britanniques, à commencer par les séminaires interdisciplinaires organisés par le CMPR et financés par l’université de Swansea (http://www.swansea.ac.uk/cmpr/). L’étude proposée est un premier pas vers le développement d’un partenariat stratégique entre les universités de Swansea et de Paris (Panthéon-Sorbonne et Paris-Diderot) dont le but est d’ouvrir de nouvelles opportunités de mobilité et de tutorat pour les étudiants en maitrise ou en doctorat des deux universités, d’élargir une expertise de haute qualité et de les aider à diffuser leurs idées novatrices sur la scène internationale ;
  • par le biais des activités d’échange de connaissances, de communication et d’engagement réalisées durant ce projet, nous cherchons à créer un réseau de recherche et à trouver des financements stratégiques et un soutien collaboratif d’un vaste panel de programmes de recherche européens, notamment le programme pour l’Horizon 2020 à travers son appel « Towards forward-looking migration governance » (MIGRATION-02-2018) ;
  • l’étudiant bénéficiera des activités du ESRC Doctoral Training Partnership for Wales (Wales DTP), qui assure un soutien postdoctoral pour les étudiants (http://walesdtp.ac.uk/). En outre, le College of Science dispose d’un Doctoral Training Centre dédié au soutien des doctorants pour développer la recherche et les méthodes interdisciplinaires, les réseaux de recherche, ainsi que l’engagement et l’impact public (http://www.swansea.ac.uk/science/research/dtc/) ;
  • Collaboration avec le College of Science de l’Université de Swansea, et le Centre for Migration Policy Research de l’Université de Swansea.

Aptitudes requises / exigences
  • Les candidats à ce contrat doctoral doivent être titulaires d’un Master en Géographie humaine ;
  • ils doivent maîtriser des méthodes de recherche qualitatives (interviews, analyses de supports photo/vidéo) et quantitatives (enquêtes mobilisant l’outil statistique). Ces méthodes seront utilisées par exemple pour réaliser des analyses de discours et des enquêtes en ligne ;
  • pour les candidats dont la langue maternelle n’est pas l’anglais, l’Université de Swansea exige un score IELTS d’au moins 6,5 (avec au moins 6.0 dans chaque composante) ou équivalent. Visitez le site internet de l’Université de Swansea pour une liste des tests d’anglais reconnus. L’Université de Swansea préfère que les candidats satisfassent déjà aux exigences de la langue anglaise au moment de la candidature, bien que ce ne soit pas une exigence;
  • les candidats doivent également parler couramment le français;
  • ce contrat est réservé aux candidats issus de l’Union européenne et du Royaume-Uni.

Informations complémentaires

Début du contrat : 01/10/2018

Durée du contrat : 

Cofinancement LabEx/Swansea :

  • financement par le LabEx pendant 18 mois ;
  • l’Université de Swansea prendra en charge le versement de l’allocation pendant les 18 mois suivants.

Laboratoires d’affectation : UMR 8586 Prodig (2 rue Valette – 75005 Paris) et Centre for Migration Policy Research (Singleton Park Campus / Swansea University – Swansea / SA2 8PP / Wales, UK)

Le candidat retenu effectuera 18 mois de son contrat au sein de l’UMR Prodig, et 18 mois au sein du CMPR de l’Université de Swansea.

Directeurs de thèse :

  • Yann RICHARD, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR 8586 Prodig
  • Sergei SHUBIN, Centre for Migration Policy Research (CMPR), Swansea University (Pays de Galles)

Rémunération nette mensuelle : ce projet est financé conjointement par le College of Science, l’Université de Swansea et le LabEx DynamiTe. L’Université de Swansea financera 18 mois, et le LabEx DynamiTe 18 mois. Il s’agit d’une bourse de trois ans entièrement financée qui couvre les frais de scolarité. Le salaire mensuel est d’environ 1 350 € / 1 195 £.

Contact :

Déroulement et calendrier de la procédure de recrutement

Le dossier de candidature devra démontrer l’adéquation au profil du poste (missions et compétences requises). Il devra être transmis par formulaire électronique (http://www.form-labex-dynamite.com/doc/fr/). Il comprendra :

  • le projet de thèse (2 à 5 pages maximum) en précisant le socle théorique, la problématique, la méthodologie ainsi que la faisabilité en 3 ans et le calendrier ;
  • un Curriculum Vitae ;
  • le relevé de notes de Master 1 et celui du 1er semestre de Master 2 ;
  • une lettre de recommandation de l’encadrant du mémoire de Master 2 ;
  • une lettre de l’encadrant de Master attestant de la soutenance prochaine du/de la candidat(e) (avant le vendredi 31 août 2018).

Il est recommandé de prendre contact avec le(s) Directeur(s) de thèse en amont.

La date limite d’envoi des dossiers de candidatures est fixée au 22 avril 2018 (inclus). Tous les dossiers seront à envoyer par formulaire électronique (http://www.form-labex-dynamite.com/doc/fr/).

Pour information, à l’issue de la date limite de candidature, le LabEx contactera le(s) Directeur(s) des Unités d’accueil potentiel(s), et ajoutera une lettre d’accueil dans le dossier de candidature.

Les candidat(e)s retenu(e)s après examen des dossiers et auditions (qui se dérouleront la semaine du 11 juin 2018) seront tenu(e)s informé(e)s des résultats à partir du lundi 18 juin 2018.

Vous pouvez également retrouver  ce contrat doctoral sur le site internet de l’Université de Swansea.

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