Contrats post-doctoraux – Campagne 2019 : Contrat n° 2

Végétation
Photo : jurek d. (Creative Commons)
« Innovations et stratégies d’adaptation à un nouvel environnement : l’apparition du travail des matières végétales et son impact sur l’organisation économique et territoriale des sociétés de la fin du Paléolithique récent. »

Groupe de Travail : « Changements environnementaux et sociétés dans le passé »

La date limite d’envoi des dossiers de candidatures est fixée au mercredi 8 mai 2019 (inclus).
Déroulement et calendrier de la procédure de recrutement

Description du poste

Après 20 millénaires de relative stabilité durant lesquels les groupes humains ont évolué en Europe dans des environnements de type périglaciaire, le réchauffement climatique de l’interstade Bølling-Allerød (12500-10700 calBC) correspond à une transformation majeure du milieu et des stratégies de son exploitation. L’adoucissement du climat entraine une reconquête forestière et le remplacement des faunes steppiques par des espèces de milieux tempérés. Ces mutations se révèlent concomitantes d’une transition culturelle importante : l’extinction de la « civilisation » magdalénienne (17000-12500 CalBC) et l’apparition de l’Azilien (12500-10700 CalBC). La transition culturelle se traduit dans le registre archéologique par une simplification importante des équipements lithiques et une réduction considérable de la mobilité des groupes humains, le tout dans un contexte de segmentation accrue des activités à l’échelle des sites et des territoires. L’expansion du couvert végétal, favorisant l’accès à de nouvelles ressources ligneuses et herbacées, expliquerait ces changements socio-économiques rapides et profonds. Les rythmes et les mécanismes de ces mutations, tant environnementales qu’archéologiques, restent toutefois largement à décrire et à analyser.

L’objectif de ce contrat post-doctoral sera donc de comprendre, à partir de l’étude des registres d’activités représentés sur deux des gisements aziliens actuellement les mieux conservés d’Europe du nord-ouest (Le Closeau à Rueil-Malmaison, Hauts-de-Seine, et Saleux, Somme), comment cette transition environnementale importante et l’attractivité de nouvelles ressources végétales a pu modifier profondément le fonctionnement des sites et les formes de l’occupation du territoire à cette période charnière (formes de la mobilité, intérêt préférentiel pour certaines zones géographiques, spécialisation/complémentarité des habitats). Ces débats structurent actuellement les recherches européennes sur cette transition climatique et culturelle majeure.

En nous appuyant sur la tracéologie des outillages lithiques, une méthode désormais éprouvée, sur un échantillonnage raisonné au sein de chacun des gisements étudiés, l’objectif sera, (1) d’apporter des données nouvelles pour comprendre les réponses anthropiques aux bouleversements environnementaux de cette période, (2) de percevoir la variabilité des ressources végétales présentes et exploitées dans les environnements locaux, (3) d’interroger l’organisation spatiale intra et intersites pour mieux rendre compte des évolutions dans la structuration des territoires en regard des périodes antérieures (Magdalénien récent) et postérieures (Mésolithique). Sur ce point, des comparaisons pourront être effectuées en réalisant des tests d’analyses sur certaines catégories d’outils issus des niveaux datées du début du Mésolithique sur les deux gisements de référence.

Le projet se décomposera en trois volets.

La tracéologie, discipline fondée sur l’analyse des micro-usures et résidus générés par l’usage des outils, notamment lithiques, sur la base de référentiels expérimentaux, permet de caractériser précisément la nature (fonction, fonctionnement des équipements) et l’organisation des activités à l’échelle des gisements étudiés.

Le premier volet expérimental sera élaboré à partir des données paléo-environnementales locales (des séquences palynologiques d’excellente qualité étant disponibles dans les environs des deux gisements) et des rares données de technologie végétale disponibles en Europe du Nord pour le Paléolithique final et le Mésolithique. Pour chacun des gisements concernés, des analyses anthracologiques ont permis de dresser le spectre des essences présentes dans les environnements contemporains. Ce référentiel se centrera sur les principales plantes présentes à cette période. Il s’attachera tout particulièrement à distinguer le travail des ligneux (bois végétal) et des herbacées rigides (carex, typha), afin de préciser les critères tracéologiques diagnostiques pour chaque type d’activité (cinématiques, matières travaillées, etc.).

Le second volet consistera en une étude à faibles grossissements optiques d’un très large corpus de supports bruts, d’outils retouchés et d’armatures de projectiles. A ces échelles optiques, il sera possible de repérer rapidement les instruments employés pour le travail des plantes. Nous comptons, pour chacun des sites, passer au crible plusieurs concentrations présentant des caractéristiques techno-typologiques ou spatiales contrastées, afin de cerner au mieux la variabilité intrasite des outillages aziliens liés à l’exploitation des végétaux.

Enfin, le dernier volet d’analyse concernera l’étude des résidus d’adhésifs potentiellement conservés, notamment sur les armatures de projectiles. Ces matériaux organiques amorphes, porteurs d’informations techno-économiques et environnementales, sont particulièrement méconnus, car peu identifiables à l’œil nu, notamment du fait qu’ils sont le plus souvent conservés en d’infimes quantités. Les développements méthodologiques de la tracéologie offrent désormais des outils plus performants pour mettre en évidence et caractériser ces résidus. L’analyse physico-chimique (optique, spectrométrie de masse, spectroscopie infrarouge) de ces substances, composées généralement de résines ou de goudrons végétaux, constituera un dernier angle d’attaque de cette enquête autour de l’exploitation de la sphère végétale durant l’Allerød.

La combinaison de ces trois volets visera à mieux appréhender l’économie végétale azilienne, à saisir des continuités et ruptures dans les pratiques techniques sur une longue diachronie (environ 1200 ans) et à comprendre comment elles ont impacté l’organisation territoriale des sociétés durant cette période de transition majeure, marquée par une transformation radicale des hydrosystèmes et des environnements fréquentés et exploités par les populations humaines.

Collaborations prévues

Ces problématiques s’inscrivent dans les thèmes de recherches de l’équipe d’Ethnologie préhistorique (ArScAn, UMR 7041) ou le/la post-doctorant-e bénéficiera de l’expertise de ses membres, largement impliqués dans ces problématiques. Ce projet s’inscrit dans la longue tradition des études à visées palethnologiques développées par cette équipe depuis plus de 50 ans. Il bénéficiera également de son réseau de recherches en France et à l’étranger.

Le/la candidat-e sera également associé à l’UMR 8215 Trajectoires, en particulier pour le développement du volet expérimental sur mes matières végétales. Un travail en collaboration avec une tracéologue du macro-outillage (C. HAMON) permettra d’élargir la perception de l’exploitation des plantes à ces périodes, dans le domaine alimentaire (outils de broyage) comme pour le travail du bois (abraseurs pour hampes de flèches).
Il/elle bénéficiera d’un accès au Microscope électronique à Balayage pour les analyses de résidus. Cet équipement est géré par le service SIMO de l’USR 3225 (A. LEGRAND-PINEAU dir.).

II/elle sera intégré-e au Projet collectif de recherche « Paléolithique final et Mésolithique dans le Bassin parisien » (L. MEVEL et S. GRISELIN, dir.) qui fédère les recherches sur les dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs dans le nord de la France.

II/elle collaborera avec plusieurs laboratoires européens partenaires de l’équipe d’Ethnologie préhistorique (cf. séminaires de recherche soutenus par le GT « Changements environnementaux et sociétés dans le passé »), en pointe sur ces problématiques :

  • Zentrum für Baltische und Skandinavische Archäologie, Schleswig, Allemagne (dir. B.V. ERIKSEN)
  • Adam Mickiewicz University, Poznan, Pologne (K. PYŻEWICZ collab.)
  • Cardinal Stefan Wyszyński University, Varsovie, Pologne (W. GRUŻDŹ collab.)
Compétences et aptitudes requises

La/le candidat-e devra être titulaire d’un doctorat en Préhistoire et avoir développé des compétences en tracéologie lithique. Bon connaisseur des systèmes techniques, des paléoenvironnements et des problématiques liées à l’évolution des sociétés de la fin du Paléolithique, elle/il possèdera des compétences pour mener de front des études de mobilier, la mise en place d’expérimentations ciblées et la diffusion de ces résultats sous la forme de communications et de publications dans des revues et/ou ouvrages à comité de lecture.

Informations complémentaires

Début du contrat : entre le 02/09/2019 et le 02/12/2019 (au choix)

Durée du contrat : 1 an

Responsables du post-doctorant :

  • Ludovic MEVEL (CNRS, UMR 7041, ArScAn, Ethnologie préhistorique)
  • Caroline HAMON (CNRS, UMR 8215, Trajectoires)

Laboratoire d’affectation : UMR 7041 ArScAn, Ethnologie préhistorique (MAE – 21 allée de l’Université – 92023 Nanterre cedex)

Rémunération nette mensuelle : environ 2 324 €

Contact :

contact@labex-dynamite.com

Déroulement et calendrier de la procédure de recrutement

Le dossier de candidature devra démontrer son adéquation au profil du poste (missions et compétences requises). Il devra être transmis par formulaire électronique (http://www.form-labex-dynamite.com/postdoc/fr/). Il comprendra :

  • le Projet de recherche (5 pages maximum, au-delà le dossier est irrecevable) en précisant la problématique, la méthodologie ainsi que la faisabilité et le calendrier ;
  • une lettre de motivation ;
  • un Curriculum Vitae ;
  • la liste des publications avec les liens internet (si possible) ;
  • le mémoire de thèse au format .PDF ;
  • le rapport de soutenance (sauf pour les candidats ayant soutenu leur thèse à l’étranger et pour les candidats ayant soutenu leur thèse de manière trop récente. Ces derniers doivent alors transmettre une attestation de soutenance de thèse avant le jeudi 27 juin 2019 délivrée par la personne Responsable de l’École Doctorale) ;
  • une copie du diplôme de Docteur-e (ou attestation, la thèse doit avoir été soutenue depuis moins de 5 ans) .

La date limite d’envoi des dossiers de candidatures est fixée au mercredi 8 mai 2019 (inclus). Tous les dossiers seront à envoyer par formulaire électronique (http://www.form-labex-dynamite.com/postdoc/fr/).

Le candidat a la possibilité de contacter l’encadrant du profil post-doctoral avant la date limite de candidature.

Pour information, à l’issue de la date limite de candidature, le LabEx contactera le(s) Directeur(s) des unités d’accueil concernée(s) afin qu’ils fournissent une attestation par candidat de l’accueil dans leur unité.

Les candidat-e-s retenu-e-s après examen des dossiers et auditions (qui se dérouleront la semaine du lundi 24 juin 2019) seront tenu-e-s informé-e-s des résultats à partir du vendredi 28 juin 2019.

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