« Dynamiques patrimoniales et processus mégapolitains »

Responsables :

 Maria GRAVARI-BARBASEIREST : Equipe Interdisciplinaire de REcherches sur le Tourisme (EA 7337)
 Thierry SANJUANProdig : Pôle de Recherche pour l’Organisation et la Diffusion de l’Information Géographique (UMR 8586)

 

Le processus de patrimonialisation – l’érection au rang patrimonial de biens par des groupes et individus, institutionnels ou pas qui leur reconnaissent une valeur – a connu un élargissement spatial considérable au cours des dernières décennies, cerné depuis bien longtemps par la recherche (Choay, 1980). Cet élargissement a permis de passer progressivement de l’objet isolé au secteur historique, puis au quartier ancien, à la ville historique dans son ensemble, et finalement au paysage culturel.

Cette évolution questionne les dynamiques métro- et mégapolitaines1, car elle diffuse les dynamiques patrimoniales bien au-delà du centre historique dans lequel elles se sont majoritairement exprimées au cours du XIXe et du XXe siècles. Si la suprématie des centres historiques n’est toujours pas contestée – en termes de moyens alloués par la décision publique et par le secteur privé, d’attractivité, d’image, de pratiques locales ou touristiques –, ces nouvelles dynamiques patrimoniales bouleversent toutefois la géographie sensible des espaces urbains tout en induisant également de nouvelles potentialités urbanistiques, sociales ou économiques.

Elles s’expriment par la patrimonialisation de nouveaux objets qui s’inscrivent dans la diversité des tissus mégapolitains – banlieue, anciens bourgs et villages proches, territoires ruraux –, en intégrant/englobant des discontinuités dans le tissu urbain et patrimonial. Ainsi ces dynamiques patrimoniales peuvent-elles concerner aussi bien des patrimoines industriels ou résidentiels de la banlieue consolidée (usines, cités ouvrières, logement social, cités-jardins) ; d’anciens bourgs périurbains (noyaux urbains de ces bourgs, patrimoines urbains – résidentiels, administratifs, religieux –) ; ou le patrimoine rural des périphéries urbaines incorporé dans les mégapoles (anciens villages, patrimoine rural – moulins, fermes –). Elles peuvent également concerner la patrimonialisation des espaces « naturels » interstitiels (espaces verts, parcs, vignobles…), ainsi que les « dépendances » urbaines anciennes (châteaux ou manoirs destinés à la résidence permanente ou secondaire des populations urbaines qui ont fui le centre dense à des périodes différentes en fonction du contexte régional (dès la Renaissance dans plusieurs ville européennes).

Ces dynamiques patrimoniales mégapolitaines concernent ainsi un champ patrimonial bien plus diversifié que celui des centres-villes, qui interroge le processus de la mégapolisation (Heringer, 1993) non seulement pris isolément mais aussi dans les nouvelles réticularités qu’il tend à mettre en place.

Le Groupe de Travail « Dynamiques patrimoniales et processus mégapolitains » cherche à explorer et à analyser ce que le processus de mégapolisation fait au patrimoine (la définition des objets patrimonialisés, leur nature, leur localisation, leur éventuelle mise en réseau) et la façon dont la patrimonialisation affecte le processus mégapolitain (consolidation réelle ou symbolique de foyers urbains et la polynucléarité induite ; affirmation d’un imaginaire mégapolitain par l’intermédiaire du patrimoine ; production de nouvelles valeurs). Cela suppose de s’intéresser aux processus de cette fabrique patrimoniale métropolitaine : acteurs et expertises mobilisées, mouvements sociaux éventuels associés.

Le Groupe de Travail organisera au cours du premier semestre 2016 un séminaire pluridisciplinaire (dates à définir) associant la présentation d’un chercheur ou praticien à un débat. Un accent particulier sera donné aux exemples internationaux, au Nord et au Sud, avec une approche comparatiste. Les présentations faites dans le cadre de ce Groupe de Travail donneront lieu, en 2017, à une publication dans une revue.

1Les mégapoles sont de gigantesques villes accumulant hommes, activités et équipements comme jamais dans l’histoire. Ces très grandes villes doivent redéfinir un rôle à leur centre-ville initial, et procèdent à une redistribution spatiale de leurs populations et de leurs fonctions en périphérie. Elles s’étendent largement sur des banlieues et des espaces périurbains, où les défis des transports, de l’environnement et des ségrégations sociales sont des enjeux renouvelés par une mondialisation exacerbant les concurrences économiques et accélérant les mobilités à l’échelle internationale (collection Mégapoles, Autrement, 2009).